Ce matin, on trouve dans les pages du gratuit Métro une publicité pour… Libération ! Le quotidien dirigé par Laurent Joffrin annonce dans le gratuit pour faire le publicité de son opération du lendemain, où 500 000 exemplaires de Libération seront disponibles gratuitement en kiosques. Mais l’accroche de la publicité (« Lisez Libération, vous comprendrez pourquoi il est payant »), a provoqué un vif débat hier au sein de la rédaction de Métro. Ce matin, Caroline Brun, présidente du comité éditorial du titre, signe un billet dans lequel elle dévoile les coulisses de cette discussion :
Accepter la pub de “Libé” … ou pas. Puisque ce journal a décidé de se faire un gros coup de com en allant, demain vendredi, sur le terrain des gratuits, amusons-nous un peu avec l’exercice du “making-of” cher à sa nouvelle formule. Disons-le tout net : la conférence de rédaction de Metro, ce matin, a été plus qu’animée. “Lisez Libération, vous comprendrez pourquoi il est payant” : ce slogan, les journalistes de Metro ne l’ont pas trouvé drôle – et pourtant, la petite équipe de trentenaires dynamiques ne manque pas d’humour.
Plutôt une grande claque, pas très confraternelle. “Sous-entendu, notre journal gratuit, lui, c’est de la m…”, s’offusque une journaliste, le cheveu court en pétard. « Il faut refuser cette pub. » “C’est hallucinant, ils se moquent de nous dans nos propres colonnes…”, renchérit Florence, de Metrofrance.com, d’habitude si discrète. “C’est hyper méprisant pour nous”, résume Adrien, “mais après tout ce qu’ils nous ont mis dans leur page media, depuis 6 ans, cela ne m’étonne pas”. Avec son faux air d’acteur nouvelle, nouvelle vague, Jérôme croise les bras sur son cher tee-shirt Freeman. “Une pub pour la Ford focus, oui, pour Libé, non”, sourit-il.
Pas facile de continuer la “conf” comme si de rien n’était… J’ai quand même mon mot à dire. Quelle reconnaissance pour Metro, au contraire ! Que “Libé” fasse sa pub chez nous, en soulignant l’avantage comparatif, façon campagne Leclerc, c’est la gloire ! Les avis se partagent, mais j’ai quand même du mal à convaincre. En début d’après-midi, certains localiers (Metro est implanté dans douze métropoles) donnent leur avis par mail. Notre pétulante Karine, de Bordeaux, met les pieds dans le plat : “Ceux et celles qui râlent ont dû oublier que nous n’avons jamais eu la prétention de faire un journal aussi développé que ce que proposent les quotidiens payants. Comme disait notre ancien patron, aujourd’hui numéro 2 de Libération, nous donnons un apéritif informatif à nos lecteurs.”
Merci à nos 2 323 000 lecteurs quotidiens (+46 % en un an) de continuer à trinquer avec nous. Et longue vie à “Libé”.